II - Qu’est-ce que le monde ?
dimanche 13 mai 2007
Sa définition. - Les divers courants qui le composent. - Avant-guerre, Après-guerre. - La place grandissante du travail. - Fusion des élites.
Au regard de la vie de société, l’on convient d’appeler le monde, par abbréviation et quelque fois par vanité, celui où se conservent les traditions d’étiquette et où les bonnes manières sont censées être le plus en honneur.
En vérité, sans vouloir faire ici un historique qui nous entraînerait trop loin, on peut dire que, de la fin du XVIIIe siècle, au commencement du XXe, la société se composait de plusieurs mondes, par exemple : ceux de la Cour, de la Magistrature, des Lettres, des Arts, du Théâtre, des Capitales provinciales, de Paris, bien d’autres...
Des traits communs de courtoisie les apparentaient, mais ils conservaient chacun leurs usages propres et leur physionomie particulière.
L’on discernait ainsi, nous permettre-t-on de dire, des courants, plus ou moins séparés et qui aujourd’hui, se rejoignent plus fréquemment, pour former un vaste ensemble, groupant les élites, c’est-à -dire les gens les plus représentatifs, en toutes les formes passées ou présentes, de l’activité sociale.
A propos des représentants du passé, notons un fait particulier. Sans doute ne leur contestera-t-on pas les quelques services qu’ils ont pu rendre à la vie de société, à travers les siècles ; mais, dès les lendemains de 1875, c’est un fait d’histoire sociale que la plus grande partie d’entre eux ont mené, sous la pression de certaines circonstances plus ou moins indépendantes de leur volonté, une existence d’émigrés à l’intérieur, assez peu aérée, fréquemment refermée sur elle-même. Cependant, on accordera que, si ce groupement avait été tenu à l’écart de la vie publique, il gardait un prestige, celui de l’élégance.
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Vint la grande guerre. Elle réunit dans les tranchées des hommes de toutes les opinions, de toutes les classes et de toutes les provinces, tandis que, dans les hôpitaux, le même événement rapprochait les femmes au chevet des blessés. Fait considérable pour l’historien des mÅ“urs ! Beaucoup de barrières qui avaient été renversées, ne devaient pas être relevées. De plus en plus les mondes allaient être obligés de recourir à des vues communes, et par conséquent à des usages semblables.
En outre, et qui s’en plaindrait, l’activité laborieuse devenait le lot de tous les hommes et les conditions du travail moderne les mêlaient les uns aux autres.
Voilà où réside pour le moraliste, le sociologue ou simplement celui qui cherche où vont les usages, le grand intérêt des temps actuels. Les vieux prestiges s’allient aux prestiges nouveaux, de nouveaux problèmes se posent, de nouvelles élites s’imposent et, par conséquent, de nouvelles difficultés doivent être résolues. Il importe de se mouvoir, dans la vie de société moderne, à travers des tendances complexes, et de tenir compte à la fois, si l’on nous permet cettes expression, de certaines imperméabilités, de certaines caractéristiques des milieux, des professions, des régions, comme d’un désir de rencontre et de collaboration.
Tous ces problèmes se résolvent peu à peu et comme d’eux-mêmes. Si l’on trouve quelque consolation à le dire, on doit reconnaître, tandis que la politique oppose les hommes, que la vie de société maintient entre eux une harmonie heureuse.
Il résulte de cet exposé que, la vie mondaine ne pouvant plus être l’apanage de gens peu occupés, encore que cette observation n’ait jamais été complètement vraie, on devrait peut-être remplacer aujourd’hui ces termes de vie mondaine par ceux de vie sociale. En effet, il ne s’agit plus d’isoler le simple agrément des manières, mais de l’étendre à toutes les manifestations de l’activité générale.
Eric et Eva