VI - La Correspondance
lundi 8 octobre 2007
Un mot sur la correspondance sentimentale. - Correspondance officielle. - Comment on écrit à de hauts personnages. - Correspondance d’affaires. - Correspondance privée. - Comment rédiger une enveloppe. - Comment signer. - Réponses. - Lettres de remerciements, de félicitations, de deuils.
Elle est le domaine propre de la fantaisie, et laisse apparaître le seul cas où l’on puisse faire litière des principes de composition, et sans effort, livrer sa personnalité. En elle, le moi n’est plus haïssable.
Pensons à madame de Sévigné.
Plus peut-être que la conversation, la correspondance est le royaume des caprices du cÅ“ur et de la liberté de l’esprit.
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Ne serait-on point tenté, aujourd’hui, de la reléguer parmi les usages du passé, s’accordant mal au rythme de la vie moderne ?
Les transports rapides, le téléphone, le télégraphe, même la machine à écrire, tout conspire contre ce mode lent de communication avec autrui. Et pourtant, est-il juste de dire que la lettre manuscrite soit en train de mourir ? Non ! Elle demeure un des modes d’expression dont l’homme a besoin.
Il souhaite parfois selivrer à un être qui est loin, ou même tout près, sans éprouver la gêne que peut donner la plus chère présence. Et c’est tellement vrai, que l’on se quitte pour s’écrire, ou, quand on vient de se quitter, l’on s’écrit.
Et non seulement en amour, mais en tendresse et en amitié !
La correspondance, parce qu’elle traduit des nuances et révèle des profondeurs que le langage parlé ne connaît pas, permet souvent la plus subtile communion de deux âmes.
Le poète a dit :
Les caresses ne sont que d’inquiets transports,
Infructueux essais du pauvre amour qui tente
L’impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme des morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente.
Et c’est pour cela que l’on s’écrit.
Nous nous garderons d’ailleurs, en ce rapide coup d’Å“il sur la correspondance sentimentale, de donner le moindre conseil de forme. Ici, l’élan est plus fort que la grammaire et que la politesse.
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Nous avons parlé un instant de la correspondancce en ce qu’elle a de plus profondément humain, pour montrer qu’elle reste, en quelque sorte, éternelle. Mais c’est sous l’angle de la vie de la société qu’il nous convient surtout de l’envisager.
Et les uns excuseront cette petite échappée que nous venons de nous permettre vers un peu d’azur, tandis que les autres nous pardonneront de les ramener maintenant vers le terre à terre d’un formalisme que notre sujet nous oblige d’aborder.
Nous allons traiter des correspondances officielles, des correspondances d’affaires, et de la correspondance privée ou, plus exactement, mondaine.
Correspondance avec des personnages officiels
Bien que simple et bref, le style doit être toujours accompagné de quelque apparat.
souverains et chefs d’état
Placer la lettre ouverte dans une autre lettre d’envoi à quelqu’un de la suite, particulièrement qualifié à cet effet.
S’adresser pour les Souverains, à la troisième personne. Le papier doit être de grand format, plié par le milieu, et l’on n’écrit que dans la partie droite. La lettre se termine toujours ainsi :
« C’est dans ces sentiments que j’ai l’honneur d’être,
sire
de Votre Majesté,
le très humble,
très obéissant
et très dévoué serviteur. »
Pour un prince de famille impériale ou royale, on remplace Sire, par Monseigneur, et, Votre Majesté, par : Votre Altesse Impériale ou Royale.
Quand il s’agit d’un prétendant au trône, auquel, en dehors même de toute conviction politique, les gens compréhensifs devant les traditions tiennent à s’adresser avec égard, on notera qu’il est plus déférent d’employer « Monseigneur », ou « Madame » seuls, que d’ajouter « Votre Altesse Royale ».
Envers les chefs d’Etat non couronnés, et par conséquent en France, le Président de la République, on n’emploie pas la troisième personne, bien qu’ils aient rang de souverain, mais on doit écrire tout au long « Monsieur le Président de la République », et terminer sa lettre par un hommage de profond respect.
autres personnages
Les grands personnages officiels : Président du Sénat et de la Chambre, Président du Conseil [1] sont l’objet de marques de déférence, qui se traduisent, suivant la situation du correspondant, sinon presque toujours par le respect, du moins par la « haute considération ». Il en est ainsi également pour les ministres.
Il va de soi que, si c’est un fonctionnaire qui écrit, il ne peut user que du respect puisqu’il s’incorpore à la hiérarchie au sommet de laquelle se trouve le membre du gouvernement.
ambassadeurs
Les relations personnelles et la situation jouent un grand rôle, encore que personne ne doive oublier que l’ambassadeur représente le souverain ou l’Etat.
D’une façon générale et pour épargner les redites, insistons sur les nuances qui régissent les situations réciproques des correspondants, que le bon sens de nos lecteurs saura fort bien apprécier.
maréchaux
Etant donné le prestige d’histoire et de gloire personnelle qui s’attache à la dignité de maréchal de France, il convient de témoigner à ces chefs illustres, un respect particulier.
cardinaux
Les cardinaux, princes de l’Eglise, dont chacun porte en lui la vocation d’héritier au trône pontifical, reçoivent les mêmes traitements que les princes de sang royal, avec l’appellation d’Eminence, qui leur appartient en propre.
évêques
Les évêques, à un très haut degré encore, et même les simples prêtres, parce qu’ils représentent une autorité spirituelle à l’égard de leurs fidèles et une force morale à l’égard de tous, ont droit à des attentions toujours déférentes.
ministres d’autres cultes
Bien entendu et par les mêmes raisons, une semblable attitude s’observe à l’égard des ministres des autres religions, avec les nuances qu’indique la hiérarchie, propre à chacune d’elles. D’une façon générale, on n’est jamais assez déférent et courtois envers le représentant d’un culte auquel on n’appartient point.
Tout idéal spirituel s’intègre au patrimoine des hautes valeurs de civilisation.
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Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que, dans les relations avec les fonctionnaires hauts dignitaires de l’Etat, s’imposent des égards non seulement dus par leurs subordonnés, mais par tout citoyen qui ne saurait ignorer ce que de telles charges représentent au regard de la chose publique.
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La correspondance militaire officielle a supprimé le protocole final dans les rapports de service, il subsiste dans la correspondance privée avec une affirmation de respect plus nette suivant les degrés de la hiérarchie. Un courtois usage demeure, qui maintient les formules déférentes vis-à -vis des chefs de corps, de la part des officiers qui ont servi sous leurs ordres. Et c’est là un joli trait d’élégance que de voir un maréchal de France offrir des respects à un simple général ou même colonel en retraite, en souvenir du temps d’obédience.
Le Maréchal Lyautey, alors qu’il était déjà résident général au Maroc, écrivait toujours au comte Albert de Mun : en souvenir de jeunesse - « mon capitaine ».
Quand on correspond avec un officier de l’armée de terre à partir du grade de colonel, il est poli, pour un civil, de dire mon colonel et, bien entendu mon général.
Les femmes disent colonel, général ; mais, comme les hommes, Monsieur le Maréchal.
Pour les officiers de marine, à l’exception de la dignité d’amiral de France, sans titulaire depuis longtemps, et qui entraînerait l’appellation de « Monsieur l’Amiral », l’usage est de toujours dire sans possessif commandant aux officiers supérieurs ; et amiral aux officiers généraux (contre-amiraux, vice-amiraux).
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Pour toute correspondance, qu’elle soit officielle ou privée, rappelons qu’un souci de correction de style est une des meilleures manières d’être poli. On ne doit pas faire souffrir son semblable. Or qui de nous n’a point pâti de trouver quelquefois, chez des correspondants, même appartenant à une élite, de ces lourdes fautes de français, de ces expressions impropres touchant à la vulgarité.
Un ironiste du Palais de Justice, songeant à l’érudition de quelques-uns de ses confrères, disait un jour :
« Larousse notre maître à tous. » C’est peut-être beaucoup de le prendre pour maître, mais ce peut être prudent et parfois poli de tenir Littré pour un conseiller.
Correspondance d’affaires
La politesse, rejoignant ici l’intérêt, suggère d’être à la fois explicite et court.
Le protocole final, trop souvent négligé dans sa forme, et quelquefois lamentable, doit s’inspirer de considérations réciproques, bien des fois méconnues. Une gradation s’observe entre la haute considération due à un grand chef d’industrie, la considération la plus distinguée, la considération distinguée, les sentiments distingués.
On a pu justement critiquer l’expression « haute considération » en objectant qu’il n’y en a point de basse ! Mais l’usage est ici plus fort que la logique. Et, on ne saurait adresser l’expression de sa considération la plus distinguée à des hommes dont le rang appelle la « haute considération ».
C’est peut-être beaucoup demander que d’exiger, dans la sécheresse et la promptitude des affaires, tant de formalités. Les Anglais l’ont compris en instituant un protocole uniforme pour ce genre de lettres.
Nous avons bien en France la formule « sincères salutations » pour les correspondances purement commerciales ; on pourrait vraiment trouver mieux.
Correspondance mondaine
Examinons celle avec les femmes.
La France est le pays de la chevalerie. C’est-à -dire que la femme y est entourée d’égards qui se manifestent dans l’usage de terminer les lettres par des formules très respectueuses.
La République française témoigne de cette survivance de notre vieille galanterie nationale, puisque toute lettre officielle d’un ministre à une femme, fà »t-elle la plus humble villageoise, se termine par des hommages.
En dépit d’une évolution peut-être plus apparente que réelle, telle est la France.
Si la correspondance avec les femmes doit s’inspirer de ce témoignage officiel d’une déférence ancestrale envers les filles d’Eve, reconnaissons que, dans la vie privée, les nuances, comme nous l’avons écrit en tête de ce livre, dictent l’attitude en chaque circonstance. L’âge et la situation peuvent intervenir ici pour varier les formules, d’ujne intention respectueuse à une sympathie déférente, ou à des égards simplement bienveillants. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que, si un manque d’égards peut blesser, une exagération dans les termes peut créer de l’embarras.
Un homme d’un certain âge, écrivant à une jeune fille, mettra des hommages dévoués plutôt que des respects.
De plus en plus nombreuses dans la vie moderne, sont les circonstances où les femmes peuvent se trouver placées sous les ordres des hommes. Le cas du ministre est bien différent qui écrit impersonnellement à la villageoise, de celui d’un chef d’administration, par exemple, qui s’adresse à une personne faisant partie de ses services. Dans cette conjoncture, c’est au chef hiérarchique à discerner de quels termes il doit se servir pour ménager à la fois son autorité et l’imprescriptible dignité d’une femme.
Que le lecteur n’attende pas de nous des protocoles préparés d’avance en vue de terminer une lettre. Les formules trop « passe-partout » qui semblent copiées sur un manuel de civilités, révèlent une certaine indigence. Toutefois, plutôt que de se livre à une fantaisie qui risquerait d’être déplacée, mieux vaut s’en tenir à des expressions d’un usage courant. Mais n’est-ce pas le cas de rappeler que la jolie langue française du XVIIIe siècle offrre une série infinie de variantes par quoi on manifestait à un correspondant son respect, sa déférence, son dévouement, sa bienveillance, son amitié, son amour ! M. Paul Reboux en a donné, dans son livre [2], maints exemples judicieusement choisis.
Peut-être les temps où nous sommes ne permet-il pas cette recherche, si savoureuse soit-elle. Au moins doit-on s’efforcer, le plus que l’on peut, la banalité.
Souvent ce serait une heureuse inspiration que de remplacer, à l’égard d’une femme, « veuillez » par « daignez ».
Nous n’aimons pas les affirmations péremptoires, cependant il est une familiarité répandue qui est à déconseiller, non peut-être en tous les cas, mais en beaucoup de cas, et c’est, pour un homme, d’écrire « chère Madame ». Ces deux mots doivent rarement être réunis, encore que dans la pensée, ils le puissent être bien souvent.
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N’oublions pas, d’ailleurs, qu’il est des circonstances où des femmes ont du respect à témoigner aux hommes, non seulement dans les rapports hiérarchiques ou de famille, mais encore lorsqu’il s’agit d’écrire à un prince du sang, ou à un chef d’Etat, à un ecclésiastique. Une jeune fille, écrivant à un homme d’un certain âge, lui témoignera du respect à très bon escient.
Plaçons ici, concernant la jeunesse contemporaine, une remarque que nous confions à sa bonne humeur.
Elle avouera qu’il ne lui en coà »terait guère de mettre un peu plus de déférence quand elle s’adresse à des hommes sur lesquels elle conserve l’heureux privilège de l’âge. Il en est de même entre femmes.
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Nous ne saurions envisager ici les innombrables aspects de la correspondance. Dès lors que le lecteur a bien voulu ouvrir ce livre, c’est qu’il a déjà le goà »t des nuances.
Rappelons brièvement encore quelques usages courants
Quand on écrit à un homme occupant un rang ou simplement une fonction, on doit tracer sur l’enveloppe et en tête de la lettre :
« Monsieur l’Ambassadeur », et par extension de courtoisie :
« Madame l’Ambassadrice ».
On dit de droit « Madame la Maréchale » ;
« Monsieur le Premier Président » ;
« Monsieur le Président » ;
« Monsieur le Bâtonnier » ;
« Monsieur le Procureur Général » ;
« Monsieur le Conseiller » ;
« Monsieur le Secrétaire Perpétuel » ;
« Monsieur le Recteur » ;
« Monsieur le Doyen » ;
« Monsieur le Professeur »
quand il s’agit d’un professeur à la faculté de médecine.
« Monsieur l’Inspecteur Général » ;
« Monsieur le Directeur Général ».
De nos jours, où l’on a vu des femmes ministres, on peut se demander comment les appeler, puisque le terme n’a pas de féminin. La République n’aurait ici qu’à s’inspirer de cette simplicité des « Cours » qui donne aux princesses du sang, l’appellation de « Madame ».
Lorsque les gens inscrivent sur leur carte de visite un titre nobiliaire, il est courtois de le leur rendre sur l’enveloppe. Mais l’usage s’est établi, depuis un demi-siècle environ, de ne le donner, à l’intérieur de la lettre, qu’à ceux qui portent le titre de duc ou de prince. Le premier est précédé de « Monsieur ». A un prince qui n’est pas de sang royal, on écrit « Prince » tout court. Les mêmes observations se retiennent pour les duchesses ou princesses, auxquelles on écrit et dit « Madame la Duchesse » et « Princesse ».
Au contraire l’usage, à l’étranger, est de donner tous les titres et parfois non précédés de Monsieur et de Madame, à l’intérieur de la lettre.
Sur l’enveloppe, le titre et la fonction doivent toujours être précédés de Monsieur et de Madame. C’est une familiarité à éviter d’écrire « Comtesse » ou « Marquise de » ou « Le Président, le Conseiller un tel ».
Il n’est pas encore archaïque, mais simplement très courtois, quand on veut témoigner des égards plus attentifs, de mettre sur l’enveloppe
« Monsieur »,
« Monsieur »
ou
« Madame »
« Madame ».
Si l’on écrit à un ambassadeur on tracera mieux encore :
« Son Excellence
Monsieur l’Ambassadeur »
et par extension :
« Son Excellence
Monsieur le Ministre Plénipotentiaire ».
Notons que, depuis quelques années, un décret pontifical a changé, pour les évêques, l’appellation de « Sa Grandeur » par celle de « Son Excellence ».
Le « Monsieur », depuis fort longtemps, est remplacé à leur égard, par le « Monseigneur », sauf de la part des Souverains, chefs d’Etat et membres du gouvernement qui, suivant une vieille tradition de la monarchie française, leur écrivent en langage officiel « Monsieur l’Evêque » et même « Monsieur le Cardinal » ou « Monsieur le Nonce ».
Il y a une politesse essentielle de l’enveloppe qui est de ne jamais mal orthographier un nom propre. De même que l’on doit prendre la peine, pour les mots, de consulter un dictionnaire, de même, pour les noms propres et les appellations qualificatives de ceux auxquels on écrit, il est bienséant de consulter un livre d’adresses.
Certaines personnes, croyant s’exprimer plus poliment, quand elles s’adressent à un ménage, écrivent sur l’enveloppe : « Madame et Monsieur ». Elles commettent là simplement une erreur d’état civil. En effet si l’on écrit « Monsieur et Madame » c’est parce que le mari donne le nom à sa femme, tandis qu’écrire « Madame et Monsieur » voudrait dire que c’est la femme qui a donné le nom au mari. et le citoyen d’un pays de loi salique deviendrait ainsi une manière de prince consort !
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Monsieur de La Palice dirait que l’on signe par son nom et il aurait raison, car il a toujours raison. LÃ encore interviennent quelques usages.
Le chef de famille signe, seul, de son nom, sans le faire précéder du prénom.
Jamais une particule ne doit être accordée à un nom, ni dans la correspondance, ni dans la conversation, sans le prénom ou le titre. Ainsi on ne dit jamais : j’ai rencontré « de un tel », mais « un tel » ou « Jacques de un tel ». Quant au « d’ », une question d’euphonie incite à l’employer quelquefois pour éviter un hiatus.
Sauf en de rares circonstances, soit d’apparat, soit d’affaires, il n’est plus de mise, et cela depuis assez longtemps déjà , de signer une lettre en faisant précéder son nom d’un titre nobiliaire. Il en est de même pour les fonctions.
Dans certaines familles, l’usage constant pour les femmes mariées est de signer de leur nom de jeune fille précédant celui du mari.
Une autre coutume, nouvelle celle-là , et d’autant plus intéressante à signaler, incline la femme d’un homme célèbre, particulièrement dans les Lettres, les Sciences et les Arts, à signer de son prénom suivi du prénom et du nom du mari. Et les enfants, quand il y en a, recueillent ce nom double comme un véritable héritage.
Exemple : Benjamin Constant, Jean-Paul Laurent, Paul Dubois.
Disons un mot des lettres dactylographiées.
Leur emploi, dans la correspondance mondaine, est une affaire d’appréciation. Il est évident, toutefois, qu’en certains cas, la lettre de pure courtoisie doit être écrite à la main.
Réponses aux lettres
Nous n’avons pas besoin de dire que la politesse commande de répondre à une lettre. Cependant il faut tenir compte aux personnes très occupées du fait que la journée n’a quee vingt-quatre heures, et ne pas trouver étrange qu’il soit matériellement impossible à certaines gens de tenir à jour leur correspondance.
Signalons une curieuse espèce d’humains, parfaitement polis en toute autre circonstance, charmants et courtois quand on les rencontre, et qui sont affligés, comme d’une véritable maladie, d’une sorte de paresse physique pour répondre aux lettres. Il y a là un cas qui relève plutôt de la curiosité que du blâme. Mais attention aux simulateurs !
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Il est des lettres que nul n’a le droit de laisser sans réponse. Elles concernent les invitations à un repas. Que le message soit adressé par la poste, ou, ce qui tend à être admis dans de nombreux cas, communiqué par téléphone, on ne saurait mettre, sans grande discourtoisie, une maîtresse de maison dans l’embarras, en faisant traîner l’acceptation ou le refus.
D’un autre côté, les maîtres de maison feront bien de s’assurer que les amis qu’ils convient ne sont point partis pour un long voyage.
Si l’invitation vous parvient au cours d’un déplacement avant le jour de la réunion, télégraphiez.
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Retenons trois types principaux de correspondance mondaine : la lettre de remerciement après l’hospitalité reçue chez des amis, la lettre de féllicitations et la lettre de condoléances.
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Quand on a séjourné chez des amis, on leur doit, dans la semaine qui suit le départ, une lettre de remerciement. La coutume est constante et ne souffre d’exception, que pour les week-end aux environs de Paris et, bien entendu, le cas d’absolue intimité.
La gratitude se manifestera d’autant mieux qu’elle prendra un tour plus particulier. Fuyez les exemples donnés dans le manuel du parfait secrétaire. Soyez vous-même et agrémentez votre lettre de tous les souvenirs que vous pourrez trouver. Tâchez d’évoquer la vie que vous venez de quitter. Peignez, sous un jour agréable, le caractère des hôtes qui vous ont reçu. Vantez la bonne humeur et le talent de causeur du mari, la grâce d’accueil de sa femme. Si elle aime les fleurs, mieux que de lui en envoyer, parlez-lui de celles qu’elle cultive. Rappelez les grandes promesses que donne l’intelligence du fils et le rayonnant attrait de la fille.
Quant aux compliments sur la bonne chère, attention !
En principe, ils ne sont pas de mise par écrit, sauf dans le cas de grande liberté entre familiers. Ils viennent cependant à notre pensée à propos de la correspondance, encore qu’il soit plus aisé de les glisser dans quelques réparties de conversation.
Avant de s’y lancer, on tiendra compte du plus ou moins d’intérêt que les maîtres de maison portent ou affectent de ne point porter à ce haut agrément. Si vous les y croyez sensibles, mais seulement en ce cas, et si vous avez reçu de la destinée le don inappréciable de savoir bien manger, donnez cette joie à des connaisseurs de les avoir bien compris.
Mais, ne profanez point, par un éloge immérité, un art si fin et ne vous faites pas les complices de la mauvaise cuisine, en lui accordant de fausses louanges, alors qu’elle ne mérite que le silence...
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Infinies sont les occasions d’écrire pour féliciter ses relations : naissances, mariages, distinctions honorifiques, avancement, prix littéraires, élections.
Chacun de ces cas appelle une notation différente dans le compliment. La décoration d’un vieux monsieur, arrivé à l’âge de la retraite, justifie moins de lyrisme que l’obtention du prix Nobel !
Un de vos amis, très sur le retour, convole en justes noces avec une femme plus jeune que lui de trente ans, vou sne lui adresserez pas les mêmes félicitations, surtout les mêmes vÅ“ux qu’à un couple de jouvenceaux.
En résumé, toujours fuir la banalité, toujours respecter les nuances !
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C’est surtout dans les lettres de condoléances que le conseil peut ne pas être inutile.
La sympathie, exprimée avec une note personnelle, même si elle émane d’un étranger, ne laissera jamais insensible un cÅ“ur qui souffre. Une des principales qualités de cette correspondance est l’intuition du chagrin auquel on veut s’unir.
Car, consoler, sous la brutalité du choc, il s’en faut bien garder la plupart du temps.
Il s’agit donc de savoir à quel degré et à quelle nature d’affliction l’on s’adresse.
Elle dépend plus des circonstances, des liens personnels qui unissaient le disparu au survivant, que du degré de la parenté elle-même.
Et c’est une délicatesse que les conventions n’indiquent pas, mais que le cÅ“ur inspire, lorsqu’on connaît une amitié ou une tendresse sans lien de parenté, rompue par la mort, et que l’on a soi-même une intimité suffisante avec l’affligé, de lui témoigner sa compassion.
Il en a d’autant plus besoin que, ne pouvant afficher aucun deuil extérieur, il est soumis à un contraste cruel entre les astreintes de la vie sociale et le recueillement dont il aurait tant besoin.
[1] Aujourd’hui le Premier Ministre
[2] Reboux, Paul : Le nouveau savoir-écrire, Flammarion, Paris, 1933
Eric et Eva